Fishera
Aiguillat
Aiguillat (Squalus acanthias)

Aiguillat

Squalus acanthias
🌊 Mer / océan

Le petit requin épineux des eaux froides : longévif, fragile et aujourd'hui protégé

  • Taille : 70-110 cm
  • Record : ~125 cm
  • Poids max : 2-6 kg
  • Régime : Carnivore
  • Difficulté : Moyenne
  • Longévité : plusieurs dizaines d'années (40-50 ans et +)
  • Maturité : 10-20 ans

🐟 Biologie & identification

L'aiguillat commun (Squalus acanthias) est un petit requin de la famille des Squalidés, l'un des plus répandus au monde dans les eaux tempérées froides. Son corps est élancé, gris ardoise à brun sur le dos, souvent ponctué de petites taches blanches surtout chez les juvéniles, et blanchâtre sur le ventre. C'est une espèce grégaire qui forme de grands bancs souvent ségrégés par taille et par sexe. Attention : espèce munie d'épines dorsales et aujourd'hui en mauvais état de conservation dans l'Atlantique nord-est.

IdentificationReconnaissable à ses deux nageoires dorsales précédées chacune d'une forte épine (associée à une faible sécrétion irritante), à l'absence de nageoire anale (caractère des Squaliformes) et à son museau pointu. Les yeux sont assez grands et dépourvus de membrane nictitante. Les petites taches blanches dorsales et la silhouette effilée le distinguent des autres petits requins côtiers (roussettes, qui elles possèdent une nageoire anale et n'ont pas d'épines dorsales).
HabitatEspèce démersale à benthopélagique fréquentant le plateau continental, des eaux côtières peu profondes jusqu'à plusieurs centaines de mètres de fond (souvent cité jusqu'à ~700 m). Il affectionne les eaux froides à tempérées (souvent 7 à 15 °C) et effectue d'importantes migrations saisonnières liées à la température, se rapprochant des côtes lorsque l'eau se refroidit.
Répartition en FrancePrésent sur les façades Manche et Atlantique françaises (golfe de Gascogne, mer Celtique), où il était autrefois très abondant. Les stocks du nord-est Atlantique ont été lourdement surexploités au XXe siècle : l'espèce est aujourd'hui beaucoup moins commune qu'avant, classée vulnérable, et fait l'objet de mesures de protection strictes dans l'UE. En Méditerranée française, il est rare et beaucoup plus localisé.
ComportementPrédateur grégaire et migrateur, il chasse surtout près du fond, parfois en bancs très denses. C'est l'un des requins les plus longévifs et à croissance très lente, ce qui le rend extrêmement sensible à la surpêche. Il peut parcourir de longues distances au gré des variations thermiques saisonnières.
AlimentationCarnivore opportuniste, il se nourrit principalement de petits poissons grégaires (harengs, sprats, maquereaux, tacauds, lançons), de céphalopodes (calmars, seiches) et de crustacés. Les bancs peuvent harceler collectivement les bancs de poissons-proies. Le régime varie selon la taille de l'individu et la disponibilité saisonnière.
ReproductionEspèce ovovivipare (vivipare aplacentaire) à cycle de reproduction exceptionnellement long : la gestation dure environ 18 à 24 mois, parmi les plus longues des vertébrés. La femelle met bas un faible nombre de petits déjà formés (souvent 2 à 11, parfois jusqu'à une quinzaine chez les grandes femelles). La maturité sexuelle est très tardive, autour de 10 à 20 ans selon le sexe.
Croissance & maturitéCroissance très lente et grande longévité (plusieurs dizaines d'années, parfois 40 à 50 ans voire davantage). Conjuguée à une maturité tardive et une faible fécondité, cette biologie en fait une espèce à très faible résilience, dont les populations se reconstituent extrêmement lentement après exploitation.

🎣 Où & comment le pêcher

Pêche au posé sur le fond
Montage de fond type paternoster ou potence, plombé pour tenir sur le fond là où circulent les bancs ; l'essentiel des contacts se fait à l'appât naturel près du substrat. NB : prise généralement accidentelle, relâcher obligatoire (voir réglementation).
Pêche à la dérive en bateau
Dérive au-dessus des fonds détritiques ou sableux du plateau, appât descendu près du fond ; permet de prospecter quand les bancs se déplacent.
Pêche au flotteur calé / sous bouée
Appât présenté à mi-eau ou près du fond sous une grosse bouée pour suivre un banc actif chassant en pleine eau.
Meilleurs postesFonds meubles (sable, vase, graviers) et tombants du plateau continental où circulent les bancs ; possible depuis le bord là où la côte donne sur du fond (digues, pointes rocheuses), mais surtout en bateau au large des côtes de la Manche et de l'Atlantique.
Profondeurs & couches d'eauDe quelques mètres en zone côtière fraîche jusqu'à plusieurs dizaines voire centaines de mètres ; les contacts se font souvent entre 20 et 100 m en France.
Conditions idéalesEaux froides à tempérées : les bancs se rapprochent surtout de l'automne au début du printemps, quand l'eau est fraîche. Mer maniable pour pêcher au fond proprement et relâcher en bon état.
Meilleurs momentsMord de jour comme de nuit ; le crépuscule et la nuit peuvent être productifs car les bancs se rapprochent. Travailler les changements de marée en bateau.
Appâts & leurresAppâts naturels carnés : lanières de maquereau ou de hareng, calmar/encornet, lançon, tacaud, morceaux de poissons gras et sanguinolents qui diffusent bien. L'aiguillat est très attiré par l'odeur du poisson gras.
Matériel conseilléCanne à fond ou ensemble bateau medium (20-30 lb), moulinet robuste garni de tresse, bas de ligne en fluorocarbone épais ou en câble acier fin (la peau râpeuse comme du papier de verre et les dents abîment le nylon classique) ; hameçons forts et, idéalement, sans ardillon pour faciliter le décrochage et le relâcher. Gants épais et pince/dégorgeoir longs indispensables pour manipuler l'animal sans se blesser sur les épines.

📋 Réglementation

Taille légaleEn Atlantique nord-est (eaux UE), l'aiguillat commun (Squalus acanthias) figure sur la liste des espèces interdites de capture/débarquement (prohibited species) au titre des règlements de pêche de l'UE. Concrètement : un individu capturé accidentellement doit être relâché vivant et indemne dans la mesure du possible. Il ne s'agit donc pas d'une simple taille minimale : vérifier impérativement le règlement européen et l'arrêté national en vigueur avant toute pêche.
FermeturePas de fermeture saisonnière classique au sens des espèces ciblées, mais l'espèce est soumise à de très fortes restrictions (interdiction de rétention en Atlantique NE, TAC quasi nul) en raison de son état de conservation préoccupant. Vérifier les règles en vigueur ; en pratique, capture = relâcher.
QuotaEn pêche maritime de loisir, lorsqu'une espèce est soumise à taille minimale, le marquage des captures conservées est obligatoire (ablation de la partie inférieure de la nageoire caudale), et la revente du produit de la pêche de loisir est strictement interdite. Pour l'aiguillat, l'espèce étant interdite de rétention en Atlantique NE, ces captures ne doivent pas être conservées : relâcher. Se renseigner localement et sur la réglementation européenne.
Bonnes pratiquesEspèce vulnérable, à très faible résilience et faisant l'objet d'une protection réglementaire dans l'UE : no-kill de rigueur, relâcher rapide et soigneux. Manipuler avec prudence (épines dorsales pouvant blesser, faible sécrétion irritante), gants épais, maintenir l'animal dans l'eau autant que possible, décrocher sans le sortir longtemps et le remettre dans les meilleures conditions de survie.
⚠︎ La réglementation varie selon le département, la catégorie du cours d'eau et l'année. Informations indicatives — vérifie toujours l'arrêté préfectoral, ton AAPPMA ou la réglementation maritime avant de pêcher.

💡 Conseils de pro & cuisine

  • ATTENTION blessure possible : l'aiguillat porte une forte épine devant chacune de ses deux nageoires dorsales, associée à une faible sécrétion irritante. La piqûre est avant tout mécanique mais douloureuse (douleur, gonflement, parfois inflammation). Manipulez toujours avec des gants épais et maîtrisez la queue, car l'animal se cambre vivement pour piquer.
  • En Atlantique nord-est, cette espèce est interdite de rétention : considérez toute capture comme accidentelle et relâchez systématiquement. Décrochez l'animal rapidement, gardez-le dans l'eau autant que possible, évitez de le poser sur des surfaces chaudes ou sèches, et préférez un hameçon sans ardillon.
  • Utilisez un bas de ligne résistant à l'abrasion (fluorocarbone fort ou bas de ligne acier fin) : la peau râpeuse comme du papier de verre (denticules) et les dents usent et coupent le nylon classique, ce qui fait perdre du fil et de l'hameçon dans l'animal.
  • En cas de piqûre, nettoyez la plaie, plongez la zone dans de l'eau aussi chaude que tolérable (les toxines associées sont thermolabiles), surveillez l'évolution et consultez un médecin si la douleur, l'enflure ou des signes d'infection persistent.
⚠︎ Erreurs à éviter
  • Saisir l'aiguillat à pleines mains ou le coincer contre soi : les épines dorsales peuvent infliger des blessures douloureuses ; on se fait piquer en voulant le décrocher trop vite sans contrôler le corps et la queue.
  • Croire qu'on peut le conserver comme un poisson ordinaire : en Atlantique nord-est, l'espèce est interdite de rétention dans l'UE. Le garder est illégal et nuit à une population déjà très fragilisée.
  • Sous-estimer la fragilité de l'espèce : requin à croissance très lente, maturité tardive et faible fécondité dont les stocks se reconstituent très mal. Prélever de gros individus (souvent des femelles reproductrices) nuit durablement à la population.
  • Utiliser un bas de ligne trop fin : la peau abrasive et les dents sectionnent les lignes nylon légères ; on perd le poisson et on laisse hameçon et fil dans l'animal.
  • Confondre l'aiguillat avec une roussette inoffensive et oublier les épines : toujours identifier les deux dorsales épineuses et l'absence de nageoire anale avant de manipuler.
🍽️
En cuisine
Historiquement très consommé (chair ferme, blanche, sans arêtes hormis le cartilage central), l'aiguillat a longtemps été commercialisé sous les noms de saumonette ou aiguillat, souvent vendu pelé et étêté, et entre dans la friture façon « fish and chips » au Royaume-Uni. La chair se prête au court-bouillon, à la poêle ou au four et doit être saignée et vidée rapidement après capture pour éviter le goût d'ammoniaque (urée) caractéristique des requins. Important : compte tenu de l'état de conservation préoccupant de l'espèce et de son statut d'espèce interdite de rétention en Atlantique nord-est, la consommation issue de la pêche de loisir n'est pas une option — il faut relâcher les captures. Cette rubrique est donnée à titre historique et culturel uniquement.
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