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Quand la rivière s'arrête : assecs, interdictions et sauvetages

Chaque été, des rivières cessent de couler. Pas à moitié : elles s'arrêtent, se réduisent à quelques flaques, puis disparaissent. Ce phénomène est mesuré depuis 2012 par un réseau d'observation national, et il change beaucoup de choses pour qui pêche : y compris, dans certains départements, le droit de le faire. Précisons d'emblée : il est question ici de rivières qui s'assèchent, pas des étangs qu'on vide volontairement, un cycle d'élevage que nous traitons du côté de la Dombes.

Mis à jour en septembre 2026 · Par Arthur Fourets

Un lit de rivière réduit à des galets secs, une dernière flaque isolée retenant de l'eau, des racines d'arbre déchaussées sur la berge
Entre l'écoulement et l'assec il y a cet état intermédiaire. L'eau est encore là, mais elle ne circule plus : ce sont des pièges, pas des refuges.
Ce qu'il faut retenir
  • Deux états avant la disparition : la rupture d'écoulement, puis l'assec.
  • Fin août 2026, 44 % des stations observées ne coulaient plus.
  • L'arrêté sécheresse et l'arrêté qui suspend la pêche sont deux textes différents.
  • Il n'existe aucun registre national des interdictions de pêche : la source est la préfecture.
  • Les sauvetages de poissons sont des opérations autorisées, jamais spontanées.

Une rivière ne s'arrête pas d'un coup

Entre une rivière qui coule et une rivière disparue, il existe un état intermédiaire, et c'est celui qui tue. L'observation nationale distingue trois situations.

Les trois états d'un cours d'eau observés par le réseau ONDE : écoulement visible, rupture d'écoulement et assec
Entre l'écoulement et l'assec, la rupture d'écoulement : de l'eau, mais qui ne circule plus.

Faites glisser le schéma pour l'explorer, ou touchez-le pour l'ouvrir en grand.

Tant que l'eau circule, le milieu fonctionne : l'oxygène se renouvelle, la température reste tenable, les poissons peuvent se déplacer.

En rupture d'écoulement, il reste de l'eau mais elle ne bouge plus. La rivière devient un chapelet de mares isolées. Chacune se réchauffe vite, perd son oxygène, concentre les poissons, et les prédateurs, hérons compris. C'est un piège, pas un refuge.

En assec, il n'y a plus d'eau du tout. Ce qui vivait là est mort ou a été emporté par un sauvetage. Le lit peut se remettre à couler après les pluies, mais le peuplement, lui, met des années à revenir : quand il revient.

Ce que mesure vraiment le chiffre national

Le suivi est assuré par l'Office français de la biodiversité, dont les agents vont observer des points précis, à l'œil, une fois par mois pendant la saison sèche. Le chiffre qui circule chaque été vient de là.

Résultat de la campagne ONDE de fin août 2026 : 1 177 stations en assec et 247 en rupture d'écoulement sur 3 229 suivies
Fin août 2026 : 1 424 stations concernées, dont 1 177 complètement à sec.

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Trois précisions changent la lecture de ce nombre, et elles manquent presque toujours dans les reprises.

L'unité mesurée est la station, pas la rivière. Les 1 424 stations concernées correspondent à 1 322 cours d'eau distincts : une même rivière peut porter plusieurs points d'observation. Écrire « 1 424 rivières asséchées » exagère et confond deux choses.

Assec et rupture d'écoulement ne sont pas la même chose. Sur ce total, 1 177 étaient réellement à sec, et 247 en rupture. L'agrégat masque une différence importante pour le milieu.

Ce n'est pas un recensement. Le réseau est un échantillon de petits et moyens cours d'eau, environ trente-trois stations par département. Le pourcentage porte sur cet échantillon, pas sur l'ensemble du linéaire français. C'est un indicateur solide de tendance, pas un décompte exhaustif.

Pour situer : à la même période de 2025, la campagne relevait 1 135 stations concernées. La progression est nette, et c'est bien ce qu'elle dit : une tendance mesurée sur un protocole constant depuis 2012.

Savoir si vous avez le droit de pêcher

C'est la question pratique, et la réponse est plus compliquée qu'il n'y paraît, parce que deux textes différents circulent sous le même mot de « sécheresse ».

Comparaison entre l'arrêté sécheresse, qui encadre les usages de l'eau, et l'arrêté qui suspend la pêche
Deux polices distinctes. L'une encadre l'eau, l'autre la pêche. Elles ne se recouvrent pas.

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L'arrêté sécheresse est celui dont parlent les journaux : il gradue les restrictions d'usage de l'eau, de la vigilance à la crise, et concerne l'arrosage, le remplissage des piscines, les prélèvements agricoles. Il ne dit rien de la pêche.

L'arrêté d'interdiction de pêche est un autre texte, pris au titre de la police de la pêche. Il suspend la pêche sur un secteur donné : parfois un département entier, souvent un bassin versant ou une catégorie piscicole. Un département classé en crise n'est donc pas automatiquement fermé à la pêche, et l'inverse existe aussi.

Deux conséquences pratiques. D'abord, ces arrêtés n'ont fréquemment aucune date de fin : ils courent jusqu'à un arrêté de levée. Une information « jusqu'au 30 septembre » trouvée quelque part n'engage que celui qui l'a écrite. Ensuite, il n'existe aucun registre national de ces interdictions : ni nous ni personne ne peut publier une carte de France fiable de la pêche autorisée.

La seule source qui vaille est le site des services de l'État de votre département, complété par votre fédération départementale. Un coup d'œil avant de charger la voiture, et la question est réglée.

Une précision qui évite les mauvaises surprises : lorsqu'un secteur est fermé, il l'est généralement pour toutes les espèces et par tout moyen.

Ni no-kill ni mouche

Le no-kill n'est pas une exception, la mouche non plus.

Pourquoi on ne sauve pas les poissons soi-même

Voir des poissons agoniser dans une flaque donne envie d'agir. C'est une réaction saine, et c'est aussi le meilleur moyen de commettre une infraction.

Les opérations de sauvetage existent : ce sont des pêches exceptionnelles, conduites par les fédérations départementales sous autorisation administrative, avec du matériel adapté et un lieu de destination validé. Elles supposent de savoir où remettre les poissons : un point d'eau qui tiendra, à la bonne température, sans introduire d'espèce là où elle n'a rien à faire.

Capturer ou transporter du poisson en dehors de ce cadre est une infraction, même avec les meilleures intentions. Et le geste se retourne souvent contre l'animal : un poisson manipulé dans une eau à vingt-cinq degrés, déjà affaibli par le manque d'oxygène, survit rarement au transport improvisé.

Ce qui est utile, en revanche : signaler. Un assec en cours, une mortalité, une rivière qui baisse anormalement se signalent à la fédération de pêche du département ou aux services de l'État. C'est ainsi que les opérations se déclenchent, et l'information de terrain vaut souvent mieux qu'une observation mensuelle.

Pêcher pendant un étiage sévère, ou s'abstenir

Une rivière d'étiage sévère réduite à un ruban d'eau étroit mais continu, serpentant entre de larges bancs de galets à découvert, une bande claire marquant l'ancien niveau au bas des blocs.
Ici l'eau coule encore, et c'est ce qui autorise à pêcher. Ce qui manque n'est pas la profondeur mais le volume : moins d'eau se réchauffe plus vite, et c'est la température, pas la place, qui décide de ce que devient le poisson une fois relâché.

Reste la question que personne n'aime poser : quand la pêche est autorisée mais que l'eau est basse et chaude, faut-il y aller ?

La mécanique est simple. Une eau chaude contient moins d'oxygène dissous, et un poisson y consomme plus. Un combat, même court, produit de l'acide lactique qu'il n'arrive plus à évacuer. Un poisson relâché en apparence vigoureux peut mourir plusieurs heures après : la mortalité différée ne se voit pas depuis la berge, ce qui la rend facile à ignorer.

Nous ne poserons pas de seuil chiffré : il dépend de l'espèce, du milieu et de la durée du combat, et un chiffre inventé ferait plus de mal que de bien. La question de la température est traitée espèce par espèce dans notre guide de la température de l'eau, et celle du niveau dans notre guide de la crue, décrue et étiage.

Le bon réflexe tient en une phrase : quand la rivière souffre, il reste les grands volumes. Un lac de barrage profond, un grand fleuve, une carrière : ces milieux encaissent ce qu'un ruisseau de tête de bassin ne supporte pas. Changer d'eau plutôt que renoncer est souvent la meilleure décision.

Vérifier soi-même, et à quelle date

Les chiffres cités ici proviennent du réseau ONDE de l'Office français de la biodiversité, campagne de fin août 2026, publiée le 1er septembre 2026. Les données sont ouvertes et consultables librement.

Ce sont des chiffres d'état du milieu, pas des chiffres réglementaires : ils ne dépendent d'aucun arrêté et se comparent d'une année sur l'autre sur un protocole constant. Ils changent en revanche tous les mois pendant la saison sèche : la campagne suivante est attendue début octobre, et cette page sera mise à jour avec elle.

Pour la question réglementaire, en revanche, aucune page ne remplace la vôtre : préfecture de votre département et fédération départementale de pêche, avant chaque sortie en période de sécheresse. Page vérifiée le 3 septembre 2026.

Voir le niveau avant de partir : Une station hydrométrique dit en direct ce que vaut le débit d'une rivière. Fishera relaie 1 581 stations françaises, ce qui évite bien des trajets pour rien.

Voir les niveaux

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un assec ?

Dans le sens hydrologique, c'est un cours d'eau qui ne présente plus d'eau du tout sur la station observée. Le mot désigne aussi, en pisciculture, un étang volontairement mis à sec pendant un cycle d'élevage : ce sont deux choses différentes.

Quelle différence entre un assec et une rupture d'écoulement ?

En rupture d'écoulement il reste de l'eau, mais elle ne circule plus : la rivière devient un chapelet de mares isolées qui se réchauffent et se désoxygènent. En assec, il n'y a plus d'eau du tout.

Combien de cours d'eau sont à sec en France ?

Fin août 2026, le réseau ONDE relevait 1 424 stations concernées sur 3 229 suivies, soit 44 %, correspondant à 1 322 cours d'eau distincts : dont 1 177 en assec complet. Attention : ONDE est un échantillon de petits et moyens cours d'eau, pas un recensement national.

La pêche est-elle interdite pendant la sécheresse ?

Cela dépend entièrement de votre secteur. L'arrêté sécheresse, qui encadre les usages de l'eau, et l'arrêté qui suspend la pêche sont deux textes distincts : un département en crise n'est pas forcément fermé à la pêche. Il n'existe aucun registre national ; consultez la préfecture de votre département.

Le no-kill est-il autorisé quand la pêche est fermée ?

Non. Lorsqu'un secteur est interdit, il l'est en général pour toutes les espèces et par tout moyen. Remettre le poisson à l'eau ne constitue pas une exception.

Puis-je déplacer des poissons coincés dans une flaque ?

Non. Capturer ou transporter du poisson hors du cadre d'une autorisation administrative est une infraction, et le geste est souvent fatal à des poissons déjà affaiblis. Le bon réflexe est de signaler la situation à la fédération de pêche du département.

Qui organise les sauvetages de poissons ?

Les fédérations départementales de pêche, sous autorisation administrative, avec du matériel adapté et un site de destination validé. Ce sont des pêches exceptionnelles, pas des initiatives individuelles.

Où pêcher quand les rivières sont basses ?

Vers les grands volumes : lacs de barrage profonds, grands fleuves, gravières. Ils encaissent des étiages que les petits cours d'eau de tête de bassin ne supportent pas.

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Toutes les eaux ne réagissent pas pareil à la sécheresse : un grand lac de barrage encaisse ce qu'un ruisseau de tête de bassin ne supporte pas. Fishera recense les spots de France et leurs milieux.

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Arthur FouretsFondateur de Fishera

Il a rassemblé les 43 559 spots de pêche de France métropolitaine dans une seule carte, et écrit les guides qui vont avec.