Sécheresse 2026 : des rivières plus basses qu'en 1976, ce que l'hiver va changer pour la pêche
La sécheresse 2026 est-elle pire que 1976 ? Nous avons posé la question aux rivières elles-mêmes. Sur 786 stations suivies depuis au moins trente ans, un tiers a connu en septembre 2026 le débit le plus bas de toute son histoire. Parmi celles qui mesuraient déjà en 1976, près de huit sur dix étaient plus basses que cette année-là. Voici nos chiffres et ce qui sépare vraiment 2026 de 1976. Puis ce que l'hiver va décider pour les truites, les saumons et les brochets.
Mis à jour le 16 octobre 2026 · Par Arthur Fourets
- Septembre 2026 est le 3e septembre le plus sec depuis 1958 et l'été le plus chaud depuis 1900, selon Météo-France.
- Sur 786 stations suivies depuis au moins 30 ans, 33 % ont mesuré en septembre leur débit le plus bas jamais enregistré.
- Parmi les stations qui existaient en 1976, 78 % étaient plus basses en septembre 2026 qu'en septembre 1976.
- Au 1er octobre, 66 % des nappes étaient sous la normale. La recharge n'avait démarré que sur 7 % des points.
- Si l'hiver reste sec, le frai de la truite, du saumon puis du brochet sera le premier touché.

Sécheresse 2026, pire que 1976 ?
Les bilans de Météo-France donnent le cadre. L'été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré en France depuis 1900, à 3,6 degrés au-dessus de la normale. Il a aussi été le deuxième moins pluvieux depuis 1959, avec 40 % de pluie en moins. Le bilan de l'été le précise lui-même. Il a été plus sec que l'été 1976, qui affichait 35 % de déficit.
Septembre n'a rien arrangé. D'après le bilan de septembre, le mois a été le deuxième plus chaud depuis 1900 et le troisième moins arrosé depuis 1958, avec environ 70 % de pluie en moins. L'humidité des sols est restée tout le mois à un niveau jamais observé pour la saison.
Ces chiffres parlent de l'air et du sol. Pour un pêcheur, la vraie question est celle des rivières. Fishera suit plus de 1 400 stations hydrométriques publiques pour ses pages de niveau en direct. Nous avons comparé leurs débits de 2026 à toute leur histoire.
Ce que disent 786 stations

Pour chaque station qui mesure un débit, nous avons récupéré les moyennes mensuelles publiées depuis son ouverture, parfois depuis 1950. Nous n'avons gardé que celles qui comptent au moins trente années du mois étudié. Les débits de 2026 sont encore provisoires, comme toujours avant leur validation.
En août, l'année 2026 se compare à 1976 sans la dépasser franchement. Une station sur deux était plus basse qu'en août 1976, une sur deux plus haute. Le débit médian tombait à 53 % de la normale. 17 % des stations battaient leur record d'août.
En septembre, tout se creuse. Sur 786 stations, 260 ont mesuré leur débit de septembre le plus bas de toute leur histoire, soit un tiers. Près de deux sur trois passaient sous le niveau d'une année sèche sur dix. Le débit médian tombait à 41 % de la normale. Parmi les 523 stations qui mesuraient déjà en 1976, 407 étaient plus basses qu'en septembre 1976, soit 78 %.
Le tableau classe les régions selon le débit médian de septembre, en pourcentage de leur normale. La Bourgogne-Franche-Comté et l'Auvergne-Rhône-Alpes sont les plus touchées. La Normandie et l'Île-de-France le sont moins, même si de petits cours d'eau y sont à sec.
| Région | Stations | Débit médian | Records battus |
|---|---|---|---|
| Bourgogne-Franche-Comté | 103 | 24 % | 57 |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 114 | 27 % | 44 |
| Nouvelle-Aquitaine | 98 | 34 % | 38 |
| Grand Est | 138 | 36 % | 68 |
| Pays de la Loire | 21 | 36 % | 1 |
| Bretagne | 53 | 42 % | 12 |
| Centre-Val de Loire | 29 | 49 % | 3 |
| Occitanie | 94 | 54 % | 21 |
| Hauts-de-France | 43 | 56 % | 8 |
| Provence-Alpes-Côte d'Azur | 36 | 65 % | 2 |
| Normandie | 29 | 69 % | 3 |
| Île-de-France | 21 | 69 % | 2 |
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Sécheresse 2026 vs 1976, deux sécheresses différentes

La Loire à Saumur en ce moment
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Données publiques Hub'Eau, avec Vigicrues en secours.
La Loire à Saumur, mois par moisLa sécheresse de 1976 a commencé tôt. Selon la synthèse de la DREAL Centre-Val de Loire, la pluie manquait dès la fin de 1975, avec près de 50 % de déficit au premier semestre 1976. La réserve en eau des sols était épuisée dès le 15 juin. Puis septembre 1976 a marqué le retour général des pluies. La sécheresse s'est arrêtée à la rentrée.
2026 a suivi le chemin inverse. L'hiver 2025-2026 avait été très arrosé. Les nappes partaient de haut. La chaleur et l'absence de pluie ont ensuite fait chuter les rivières pendant l'été, puis la sécheresse a continué en septembre. La Loire à Saumur le montre bien, sur le graphique ci-dessus. En août 1976, elle coulait à 72 m³/s, plus bas qu'en août 2026, à 90. En septembre 1976, la pluie l'avait remontée à 175 m³/s. En septembre 2026, elle restait à 90, son plus bas niveau depuis 1950.
Dire que 2026 est pire que 1976 est donc vrai pour la chaleur, la pluie d'été et les rivières de septembre. Ce n'est pas démontré pour les nappes, que l'hiver humide avait remplies. La comparaison la plus juste tient en une phrase. 1976 a été une sécheresse de printemps et d'été, 2026 une sécheresse d'été qui déborde sur l'automne.
Les rivières au plus bas de leur histoire
Plusieurs grands cours d'eau ont battu en septembre 2026 un record établi depuis plus de cinquante ans. Le tableau en donne une sélection, avec l'ancien record et la valeur de septembre 1976. Les noms en lien renvoient à la page de la station, avec le niveau en direct.
Une précaution de lecture s'impose. La Seine, le Rhône et la Loire sont soutenus en été par des barrages et des réservoirs qui relâchent de l'eau. Leur débit dit autant la gestion de ces ouvrages que la pluie. Les petites rivières, sans soutien, sont souvent plus parlantes. Fin août, 44 % des points d'observation des petits cours d'eau étaient en rupture d'écoulement ou à sec, d'après le bulletin national de situation hydrologique. Jamais on n'en avait compté autant à cette période depuis le début du suivi, en 2012.
| Station | Septembre 2026 | Ancien record | Septembre 1976 |
|---|---|---|---|
| Le Rhône à Viviers | 467 | 495 en 1972 | 916 |
| La Loire à Saumur | 90 | 95 en 1990 | 175 |
| La Seine à Paris | 83 | 86 en 1991 | 138 |
| La Saône à Mâcon | 23 | 29 en 2020 | 91 |
| Le Doubs à Besançon | 7,9 | 9,0 en 1964 | 34 |
| La Moselle à Hagondange | 10 | 17 en 2019 | 19 |
| Le gave d'Oloron à Escos | 11 | 13 en 2001 | 39 |
Octobre 2026, la pluie n'a pas encore rattrapé

Les premiers jours d'octobre ont apporté de la pluie, très inégalement. Plus de 250 millimètres sur les Cévennes et l'Hérault, presque rien au nord-ouest du Bassin parisien. Sur nos stations, quatre sur dix ont vu leur débit des huit premiers jours d'octobre dépasser de plus de 20 % celui de septembre. Les autres n'ont presque pas bougé.
Le niveau des nappes phréatiques en 2026 reste le point faible. Au 1er octobre, 66 % des nappes étaient sous leur normale mensuelle, selon le BRGM. 81 % étaient encore en baisse. La recharge n'avait démarré que sur 7 % des points. Le BRGM l'écrit clairement. Il faudra des pluies excédentaires cet hiver pour revenir près de la normale.
Sur le terrain, l'étiage continue. Les 7 et 8 octobre, à Arçon dans le Doubs, environ 100 kilos de poissons ont été déplacés en urgence sur un kilomètre de rivière, selon France 3 Bourgogne-Franche-Comté. Les vannes du lac de Saint-Point avaient été fermées pour garder l'eau potable de Pontarlier. Le 9 octobre, 79 départements de l'Hexagone avaient au moins une zone en crise sur VigiEau.
Ce que la sécheresse change pour les poissons cet hiver

La sécheresse hivernale n'a pas la violence de la canicule, mais elle tombe au pire moment pour plusieurs espèces. La truite fario fraie de début novembre à mi-janvier, sur des graviers peu profonds et courants. Elle a besoin d'eau pour rejoindre ses frayères, parfois à des kilomètres. Après la sécheresse de 2022, la fédération du Cantal a observé des truites contraintes de frayer dans des secteurs exposés aux crues suivantes.
Le saumon atlantique fraie de fin novembre à début janvier. Selon Bretagne Grands Migrateurs, son entrée en rivière suit les montées d'eau. Des débits très bas peuvent tuer les œufs par le gel ou leur mise hors d'eau. La truite de mer fraie aux mêmes dates.
Le brochet viendra ensuite. Il pond sur des prairies inondées et des bras morts, qui doivent rester sous 0,2 à 1 mètre d'eau pendant au moins quarante jours entre février et avril, d'après la fiche brochet de l'ARB Centre-Val de Loire. Sans crue d'hiver, ces prairies restent sèches. Les pêcheurs de brochet ressentiraient alors le manque dans trois ou quatre ans, quand cette génération aurait dû atteindre la taille légale.
D'ici là, les poissons restent regroupés dans les fosses et les tronçons qui gardent de l'eau. Ils y sont plus faciles à trouver. Ils y sont aussi plus fragiles. L'oxygène y baisse, les prédateurs s'y servent. Sur l'Odet en juillet, beaucoup de truites piégées avaient déjà été mangées par les hérons, les cormorans et les loutres avant l'arrivée des sauveteurs.
Restrictions et interdictions de pêche
Un préfet peut interdire la pêche quand les conditions locales l'exigent, en vertu de l'article R436-8 du Code de l'environnement. Il le fait en général à la demande de la fédération départementale, après avis de l'Office français de la biodiversité. En 2026, plusieurs départements l'ont fait. En Creuse, un arrêté du 7 juillet a interdit la pêche sur tous les cours d'eau de 1re catégorie. Dans le Calvados, elle a été interdite en 1re catégorie dès le 17 juillet, dans l'arrêté de restriction d'eau. En Charente, quatre bassins ont été fermés jusqu'au 20 septembre.
Les fédérations ont multiplié les pêches de sauvetage. Environ 250 truites sur l'Odet à Trégourez en juillet, d'après Reporterre. 130 truites et 6 jeunes saumons sur le Steïr en août. Plusieurs centaines de kilos sur le Cens et le Gesvres en Loire-Atlantique. Dans les Landes, environ trois tonnes de poissons morts ont été ramassées fin juin dans trois étangs, brochets en tête.
Ces interdictions se lèvent par un nouvel arrêté, pas d'elles-mêmes. Avant une sortie, l'arrêté en vigueur se lit sur le site de la préfecture ou de la fédération de votre département.
Pêcher pendant une sécheresse
Pêcher reste possible presque partout en 2e catégorie, avec quelques gestes de plus. Les grands plans d'eau et les rivières soutenues souffrent moins que les petits ruisseaux. Mieux vaut s'y reporter que s'acharner sur un affluent réduit à quelques trous d'eau.
Un poisson regroupé dans une fosse basse est déjà affaibli. Le relâcher vite, sans le sortir de l'eau, compte davantage qu'en temps normal.
De novembre à janvier, les frayères à truite méritent qu'on les évite. Marcher dans une rivière basse sur des graviers clairs peut écraser les œufs. Si vous voyez des poissons morts ou en détresse, la fédération de pêche ou le service départemental de l'Office français de la biodiversité doit le savoir.
Le niveau de votre rivière se lit en direct sur sa page de station, avec ce qu'il est d'habitude à la même saison. Le guide sur la rivière à sec explique quoi faire quand le cours d'eau s'arrête tout à fait.
Questions fréquentes
La sécheresse 2026 est-elle pire que 1976 ?
Pour la chaleur, la pluie d'été et les rivières de septembre, oui. 78 % des stations qui existaient en 1976 étaient plus basses en septembre 2026. Pour les nappes, non, l'hiver 2025-2026 très humide les avait remplies.
Peut-on pêcher pendant une sécheresse ?
Oui, sauf là où un arrêté préfectoral l'interdit. Plusieurs départements ont fermé la 1re catégorie en 2026. L'arrêté en vigueur se lit sur le site de la préfecture ou de la fédération.
Quelles régions sont les plus touchées par la sécheresse 2026 ?
D'après nos stations, la Bourgogne-Franche-Comté et l'Auvergne-Rhône-Alpes, où le débit médian de septembre tombait à 24 % et 27 % de la normale. Puis la Nouvelle-Aquitaine et le Grand Est.
Quand les rivières vont-elles remonter ?
Avec les pluies d'automne et d'hiver. Le BRGM estime qu'il faudra des pluies excédentaires cet hiver pour ramener les nappes près de la normale.
Comment connaître le niveau de ma rivière ?
La page de sa station sur Fishera donne le niveau ou le débit en direct, comparé à sa valeur habituelle au même mois.
À lire ensuite
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- Lire le niveau d'une rivière
- Les niveaux d'eau des rivières
- La température de l'eau
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